Le 19 septembre 2025, le Conseil national de l’Ordre national des infirmiers a adopté la première définition officielle de la consultation infirmière. Cette mesure fait suite à la promulgation de la Loi n° 2025‑581 du 27 juin 2025 sur la profession infirmière qui avait déjà créé les conditions d’un changement important dans le champ de compétence des infirmiers.
Cette évolution institutionnelle se veut une réponse concrète aux défis de l’accès aux soins, à la gestion des maladies chroniques, au vieillissement de la population et à la coordination des parcours patients.
Que recouvre cette définition ?
Selon l’ONI, la consultation infirmière se caractérise par plusieurs éléments :
- Elle est « une pratique professionnelle par laquelle un(e) infirmier(ère) recueille des données concernant l’état de santé de la personne, réalise un examen clinique en vue d’établir son diagnostic ».
- Elle repose sur un raisonnement clinique, en application des compétences acquises, et conduit à « une évaluation multidimensionnelle de la personne », dans une démarche de co-construction avec le patient.
- Dans le cadre de cette consultation, l’infirmier(ère) est habilité(e), notamment, à : informer, conseiller, prescrire, orienter, prodiguer des soins, dispenser ou organiser des séances d’éducation à la santé, d’éducation thérapeutique, de promotion de la santé et de prévention, conformément à son champ de compétences.
- Elle peut être mise en œuvre à l’initiative de l’infirmier(ère), sur orientation d’un autre professionnel, à la demande de la personne ou, le cas échéant, de son entourage. Elle peut se réaliser en présence physique ou dans un cadre de télésanté.
Pourquoi cette reconnaissance est-elle importante ?
Une meilleure accessibilité aux soins
Avec cette reconnaissance officielle, les infirmiers peuvent intervenir de manière plus autonome, directement au contact des patients, sans nécessairement passer par une consultation médicale préalable. Cet élargissement contribue à désengorger certaines fonctions de premier recours et à fluidifier l’accès aux soins.
Une valorisation de la compétence infirmière
En institutionnalisant la consultation infirmière, la profession gagne en légitimité : le raisonnement clinique, la pratique soignante évolutive et l’accompagnement sont désormais reconnus et encadrés. Cette avancée est saluée comme un « grand pas pour la profession et pour les patients ».
Une réponse aux enjeux de santé publique
Le dispositif intervient dans un contexte où la demande de soins primaires augmente, les maladies chroniques se multiplient, et les inégalités territoriales persistent. En plaçant l’infirmier au cœur du parcours prévention/soins, l’objectif est de mieux adapter la réponse à ces réalités.
Les implications pour les infirmiers et le terrain
- Un nouveau champ d’exercice s’ouvre : la consultation pourra être proposée en cabinet infirmier, à domicile ou au sein d’établissements, et par télésanté.
- Il sera nécessaire de développer des formations spécifiques, des outils d’évaluation et une organisation adaptée pour que cette fonction soit bien assurée.
- Une coordination accrue avec les médecins, pharmaciens et autres professionnels de santé est incontournable pour garantir une complémentarité dans le parcours de soins.
- Des textes réglementaires à venir (décrets d’application) doivent venir préciser les modalités concrètes de cette consultation (tarification, conventions, conditions d’exercice).
Quelques questions en suspens
- Quelle rémunération sera allouée aux infirmiers pour ces actes de consultation ?
- Jusqu’où ira l’autonomie dans la prescription ou l’orientation ?
- Comment se déclineront les outils régionaux pour accompagner ce nouveau rôle ?
- L’implication des autres acteurs (médecins, ARS) sera-t-elle suffisamment coordonnée ?
FAQ
Qu’est-ce qu’une consultation infirmière ?
C’est une pratique professionnelle définie par l’ONI dans laquelle un infirmier recueille des données sur l’état de santé du patient, effectue un examen clinique, procède à un raisonnement clinique, et peut informer, conseiller, orienter, prescrire dans son champ de compétences.
Qui peut initier une consultation infirmière ?
L’infirmier peut l’initier lui-même, ou elle peut être demandée par le patient, par un autre professionnel ou par l’entourage, en présentiel ou en télésanté.
Cette consultation remplace-t-elle la consultation médicale ?
Non. Elle ne remplace pas le médecin. Elle vient en complément, pour renforcer l’accessibilité, le suivi, la prévention et l’accompagnement. Elle s’inscrit dans la coordination des soins.
Quand cette reconnaissance entrera-t-elle en application ?
La définition est validée, mais des décrets et textes d’application doivent encore être publiés pour préciser les modalités (tarifs, conventionnement, organisation).
Dans quels lieux cette consultation peut-elle avoir lieu ?
En cabinet infirmier, établissement de soins, domicile, ou via télésanté, selon les besoins et l’organisation locale.
Quel est l’intérêt pour le patient ?
Le patient bénéficie d’un accès plus rapide à un professionnel de santé qualifié, d’un accompagnement centré sur ses besoins, d’éducation à la santé et de coordination du parcours.
Cette reconnaissance de la consultation infirmière marque un tournant pour la profession et pour l’organisation des soins en France. Elle pose les fondations d’un système plus accessible, fluide et orienté vers la prévention — et place l’infirmier comme un acteur incontournable de proximité.